Enfin la fin des travaux ! Ce lundi, l’audience solennelle de rentrée du tribunal de justice de Créteil a pris un tour plus festif que d’ordinaire. Au menu : la fin des travaux du bâtiment principal. Un immense chantier à 38 millions d’euros qui a métamorphosé de l’intérieur cette pièce d’architecture emblématique de Créteil.
Inauguré le 14 février 1978, ce bâtiment incarne “l’ambition d’une justice moderne, proche d’une population en plein développement, sur un territoire neuf et en construction”, rappelle Catherine Mathieu, présidente du Tribunal de Créteil. À l’époque, les départements de petite couronne venaient d’être créés, et cet aménagement du territoire passait aussi par une justice connectée aux réalités sociales de cette banlieue. Une justice marquée par des “courants de pensée réformatrice”, “l’humanisme juridique”, insiste la présidente. Dont la modernité et la soif d’expérimentations comme le développement de la conciliation, de la médiation familiale et des alternatives aux poursuites, concomitantes des premières maisons de justice et du droit et des points de justice. “Il fallait donc un bâtiment remarquable pour imprimer à Créteil cette justice nouvelle.”
Architecturé par Daniel Badani (qui a aussi conçu la préfecture et les Archives départementales) et Pierre Roux-Dorlut sur ce qui était encore un terrain vague, le tribunal se signale de loin avec sa forme de livre ouvert (le livre de la loi bien sûr) et aussi de balance de la justice. Une architecture monumentale dotée d’ornements remarquables comme la Porte de l’Espoir de Pierre Sabatier, récemment remise en service, souligne la présidente. “Et aussi des meubles classés, une salle des pas perdus en majesté…” A l’époque, la modernité était aussi incarnée par des équipements comme le télélift, un ensemble de tubes qui parcourait le bâtiment pour permettre l’envoi des documents dans tous les étages.

40 ans plus tard, la bâtisse a pris un coup de vieux, n’échappant pas aux problèmes d’amiante. “La mobilisation des personnels et des organisations professionnelles s’est alors intensifiée. Et on peut parler d’une véritable crise de l’amiante qui s’est exprimée dans les années 2018 et 2019”, rappelle Catherine Mathieu.
Après études et diagnostics, les travaux ont finalement été lancés. Un immense chantier pour ce bâtiment qui abrite 25 services répartis sur 18 étages, réalisé en site occupé. De quoi donner lieu à un un ballet de déménagements successifs, étage par étage, avec toujours des étages tampons pour séparer les chantiers de désamiantage des parties occupées. Chaque service a déménagé deux ou trois fois.
Au-delà du désamiantage, les travaux ont été l’occasion d’un lifting intérieur complet, des sols au plafond, en passant par les murs, à l’époque largement recouverts de moquette marron seventies. Place désormais au lumineux blanc, rehaussé de fauteuils rouges dans les espaces de convivialité.

Aux côtés des nombreux bureaux cloisonnés, le chantier a aussi multiplié les espaces adaptés à la collaboration, comme la grande salle qui accueille sur un même plateau de permanence, magistrats, greffiers et attachés de justice, afin de travailler en synergie. Trois salles d’audience civile ont été créées au rez-de-chaussée, et une salle d’audience pénale s’apprête à ouvrir en mezzanine. Les ascenseurs vitrés, qui impressionnaient ceux qui ont le vertige, sont aussi en cours de remplacement. Une coup de neuf qui fut aussi propice à évacuer quelques kilomètres d’archives, vers les Archives départementales.
Côté invisible mais non moins stratégique : la rénovation du système électrique, de l’informatique, du câblage… “Un support indispensable à la numérisation des procédures”, relève la présidente. Opéré par le département immobilier Paris-Ile-de-France du ministère de la Justice, ces travaux d’ampleur auront coûté 38 millions d’euros.
Reste désormais à envisager un nouveau chantier, celui du bâtiment des audiences, par lequel on entre, adossé au grand bâtiment. Un site dans le même état que celui qui a été rénové, rappelle Catherine Mathieu, qui espère que ce nouveau défi sera l’occasion d’étendre le tribunal avec de nouvelles salles d’audience.
Lire aussi :

N'envoyez que des photos que vous avez prises vous-même, ou libres de tout droit. Les photos sont publiées sous votre responsabilité.