Culte | Val-de-Marne | 06/01
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Val-de-Marne : responsables catholiques, musulmans et juifs créent une association pour éduquer au fait religieux

Val-de-Marne : responsables catholiques, musulmans et juifs créent une association pour éduquer au fait religieux © Facebook L Cathala

A Créteil, évêque, imam et rabbin dialoguent depuis des années. Un “microclimat” que les responsables religieux souhaitent étendre au-delà de la ville préfecture, notamment dans les écoles et lycées, pour éduquer au fait religieux et œuvrer à la “paix”. Ce lundi, les représentants locaux de ces trois cultes ont annoncé créer une association commune pour formaliser leur démarche, laquelle restera ouverte à d’autres religions. Explications.

“Qu’est-ce qui unit les juifs et les chrétiens ? Qu’est-ce qui les sépare et les oppose ?” Telles sont les questions auxquelles réfléchissent ensemble juifs et chrétiens du Val-de-Marne dans le cadre d’un cycle de rencontres-débat tout au long de l’année, porté notamment par l’Eglise catholique du Val-de-Marne et la Communauté juive de Créteil. Au programme : “le rôle des hommes de foi pour construire la planète de demain”, “la femme dans les traditions religieuses monothéistes”… Un exemple des liens concrets qui unissent les acteurs de ces cultes différents. La communauté musulmane n’est pas en reste dans ce dialogue local, qui organise chaque année avec le diocèse le mois d’entraide Aout secours alimentaire (voir notre reportage). Depuis des années, des liens se sont ainsi tissés entre responsables locaux des cultes, lesquels invitent les uns chez les autres, pour se connaître et réfléchir ensemble à certaines problématiques. A l’été 2025, l’évêque a même invité ses homologues à rencontrer le pape, en même temps qu’une délégation d’élus du département. “C’est grâce au travail que nous avons mené en commun depuis des années que nous avons surmonté le 7 Octobre”, témoigne Karim Benaissa, recteur de la mosquée de Créteil et président du Rassemblement des associations musulmanes du Val-de-Marne (RAM 94).

Eduquer au fait religieux dans les lycées

De la compréhension mutuelle, de la tolérance, de l’ouverture et de la fraternité que les responsables locaux des cultes souhaitent voir prospérer, notamment en allant “dans les établissements scolaires pour éduquer au fait religieux et éduquer à la paix”, développe Dominique Blanchet, évêque de Créteil, responsable de l’Eglise catholique en Val-de-Marne, “car la paix, ce n’est pas arrêter la guerre, c’est l’empêcher.”

“On a commencé il y a huit ans, les écoles très réceptives. Nous souhaitons étendre ce schéma du Val-de-Marne dans les écoles publiques”, détaille Albert Elharrar, président de la communauté juive de Créteil, administrateur du Consistoire de Paris et maire-adjoint de Créteil. Dans le public, les représentants religieux ont notamment été ensemble au lycée Saint Exupéry de Créteil. “Les lycéens ont posé des questions très pertinentes. Le rabbin était surpris, l’évêque était surpris, l’imam était surpris.” L’objectif : étendre ce “micro-climat”.

C’est dans ce contexte que les trois représentants de cultes monothéistes organisaient ce lundi une cérémonie commune de vœux inter-religieux dans le tout à fait laïque auditorium du conservatoire Marcel Dadi de Créteil, malgré la neige qui a obligé certains invités à décommander. L’occasion d’y annoncer la création d’une association commune, “ESPERER”, présentée auparavant dans le cadre d’un point presse.

Ses missions :

  • Le partage des convictions et pratiques entre chaque culte pour soutenir leur connaissance mutuelle
  • Une réflexion et une action communes pour les questions de société et pour le respect de la dignité de l’homme.
  • Des interventions ponctuelles auprès de tout établissement ou collectivité publique qui en ferait la demande, notamment auprès des établissements d’éducation afin d’aider à une meilleure connaissance du fait religieux

Au-delà du sens du mot “espérer”, le nom de l’association est aussi un sigle dont les lettres se déclinent dans les verbes suivants : Encourager, Se soutenir, Promouvoir la paix, Eduquer, Relier, Entraider, Rassembler.

Perspective historique

Dans un perspective historique, cette nouvelle étape s’inscrit dans le sillon du “Nostra aetate”, une déclaration du concile Vatican II sur les relations de l’Église catholique avec les religions non chrétiennes, qui fêtait ses 60 ans fin 2025. Une déclaration, promulguée par Paul VI mais impulsée par Jean XXIII, alerté par l’historien juif Jules Isaac sur les racines chrétiennes de l’antisémitisme, dans un contexte d’après Seconde Guerre mondiale et les horreurs de la Shoah, mais aussi d’ouverture au monde et aux autres cultures. Le texte ainsi été élargi aux musulmans, hindous et bouddhistes. “Nous sommes passés du mépris à l’estime mutuelle grâce à ce texte. On ne voulait pas laisser passer ce 60e anniversaire”, insiste Dominique Blanchet. Cette déclaration de 1965 et le travail de Jules Isaac font du reste l’objet de rencontres-débat dans le cadre du cycle de rencontres inter-religieuses cristoliennes évoqué précédemment. “C’est un document révolutionnaire qui a permis le dialogue, la rencontre de l’autre comme autre, et de
ne pas mettre de coté les autres religions monothéistes, mais au contraire d’en partager des valeurs de morale et d’éthique”
, motive Raphy Marciano, vice-président de l’association Amitié judéo-chrétienne du Val-de-Marne.

Association à présidence tournante

Concrètement, l’association, dont les statuts sont en cours d’écriture, permettra d’organiser des initiatives comme les interventions dans les écoles et les événements communs, dans un cadre plus formel, indispensable pour nouer des partenariats avec l’Education nationale par exemple. La présidence sera tournante, pour ne pas mettre un culte en avant, et la porte reste ouverte à des représentants d’autres cultes, des protestants aux boudhistes. Le principe de créer une association pour faciliter les partenariats avec les établissements publics, a déjà été rodé par Dominique Blanchet lorsqu’il était évêque de Belfort-Montbéliard. “Hasard ou providence, il se trouve que le recteur actuel de l’Académie de Créteil (Ndlr, Jean-François Chanet) est celui avec qui j’avais travaillé sur la question lorsqu’il était recteur de l’Académie de Franche-Comté”, confie l’évêque.

Au-delà du développement de partenariats pour participer à l’enseignement du fait religieux dans les établissements scolaires publics, l’association permettra aussi de formaliser ceux avec les villes, dont certaines ont déjà accueilli des dialogues inter-religieux sur différents thèmes.

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