A Créteil, évêque, imam et rabbin dialoguent depuis des années. Un “microclimat” que les responsables religieux souhaitent étendre au-delà de la ville préfecture, notamment dans les écoles et lycées, pour éduquer au fait religieux et œuvrer à la “paix”. Ce lundi, les représentants locaux de ces trois cultes ont annoncé créer une association commune pour formaliser leur démarche, laquelle restera ouverte à d’autres religions. Explications.
“Qu’est-ce qui unit les juifs et les chrétiens ? Qu’est-ce qui les sépare et les oppose ?” Telles sont les questions auxquelles réfléchissent ensemble juifs et chrétiens du Val-de-Marne dans le cadre d’un cycle de rencontres-débat tout au long de l’année, porté notamment par l’Eglise catholique du Val-de-Marne et la Communauté juive de Créteil. Au programme : “le rôle des hommes de foi pour construire la planète de demain”, “la femme dans les traditions religieuses monothéistes”… Un exemple des liens concrets qui unissent les acteurs de ces cultes différents. La communauté musulmane n’est pas en reste dans ce dialogue local, qui organise chaque année avec le diocèse le mois d’entraide Aout secours alimentaire (voir notre reportage). Depuis des années, des liens se sont ainsi tissés entre responsables locaux des cultes, lesquels invitent les uns chez les autres, pour se connaître et réfléchir ensemble à certaines problématiques. A l’été 2025, l’évêque a même invité ses homologues à rencontrer le pape, en même temps qu’une délégation d’élus du département. “C’est grâce au travail que nous avons mené en commun depuis des années que nous avons surmonté le 7 Octobre”, témoigne Karim Benaissa, recteur de la mosquée de Créteil et président du Rassemblement des associations musulmanes du Val-de-Marne (RAM 94).
Eduquer au fait religieux dans les lycées
De la compréhension mutuelle, de la tolérance, de l’ouverture et de la fraternité que les responsables locaux des cultes souhaitent voir prospérer, notamment en allant “dans les établissements scolaires pour éduquer au fait religieux et éduquer à la paix”, développe Dominique Blanchet, évêque de Créteil, responsable de l’Eglise catholique en Val-de-Marne, “car la paix, ce n’est pas arrêter la guerre, c’est l’empêcher.”
“On a commencé il y a huit ans, les écoles très réceptives. Nous souhaitons étendre ce schéma du Val-de-Marne dans les écoles publiques”, détaille Albert Elharrar, président de la communauté juive de Créteil, administrateur du Consistoire de Paris et maire-adjoint de Créteil. Dans le public, les représentants religieux ont notamment été ensemble au lycée Saint Exupéry de Créteil. “Les lycéens ont posé des questions très pertinentes. Le rabbin était surpris, l’évêque était surpris, l’imam était surpris.” L’objectif : étendre ce “micro-climat”.
C’est dans ce contexte que les trois représentants de cultes monothéistes organisaient ce lundi une cérémonie commune de vœux inter-religieux dans le tout à fait laïque auditorium du conservatoire Marcel Dadi de Créteil, malgré la neige qui a obligé certains invités à décommander. L’occasion d’y annoncer la création d’une association commune, “ESPERER”, présentée auparavant dans le cadre d’un point presse.
Ses missions :
- Le partage des convictions et pratiques entre chaque culte pour soutenir leur connaissance mutuelle
- Une réflexion et une action communes pour les questions de société et pour le respect de la dignité de l’homme.
- Des interventions ponctuelles auprès de tout établissement ou collectivité publique qui en ferait la demande, notamment auprès des établissements d’éducation afin d’aider à une meilleure connaissance du fait religieux
Au-delà du sens du mot “espérer”, le nom de l’association est aussi un sigle dont les lettres se déclinent dans les verbes suivants : Encourager, Se soutenir, Promouvoir la paix, Eduquer, Relier, Entraider, Rassembler.
Perspective historique
Dans un perspective historique, cette nouvelle étape s’inscrit dans le sillon du “Nostra aetate”, une déclaration du concile Vatican II sur les relations de l’Église catholique avec les religions non chrétiennes, qui fêtait ses 60 ans fin 2025. Une déclaration, promulguée par Paul VI mais impulsée par Jean XXIII, alerté par l’historien juif Jules Isaac sur les racines chrétiennes de l’antisémitisme, dans un contexte d’après Seconde Guerre mondiale et les horreurs de la Shoah, mais aussi d’ouverture au monde et aux autres cultures. Le texte ainsi été élargi aux musulmans, hindous et bouddhistes. “Nous sommes passés du mépris à l’estime mutuelle grâce à ce texte. On ne voulait pas laisser passer ce 60e anniversaire”, insiste Dominique Blanchet. Cette déclaration de 1965 et le travail de Jules Isaac font du reste l’objet de rencontres-débat dans le cadre du cycle de rencontres inter-religieuses cristoliennes évoqué précédemment. “C’est un document révolutionnaire qui a permis le dialogue, la rencontre de l’autre comme autre, et de
ne pas mettre de coté les autres religions monothéistes, mais au contraire d’en partager des valeurs de morale et d’éthique”, motive Raphy Marciano, vice-président de l’association Amitié judéo-chrétienne du Val-de-Marne.
Association à présidence tournante
Concrètement, l’association, dont les statuts sont en cours d’écriture, permettra d’organiser des initiatives comme les interventions dans les écoles et les événements communs, dans un cadre plus formel, indispensable pour nouer des partenariats avec l’Education nationale par exemple. La présidence sera tournante, pour ne pas mettre un culte en avant, et la porte reste ouverte à des représentants d’autres cultes, des protestants aux boudhistes. Le principe de créer une association pour faciliter les partenariats avec les établissements publics, a déjà été rodé par Dominique Blanchet lorsqu’il était évêque de Belfort-Montbéliard. “Hasard ou providence, il se trouve que le recteur actuel de l’Académie de Créteil (Ndlr, Jean-François Chanet) est celui avec qui j’avais travaillé sur la question lorsqu’il était recteur de l’Académie de Franche-Comté”, confie l’évêque.
Au-delà du développement de partenariats pour participer à l’enseignement du fait religieux dans les établissements scolaires publics, l’association permettra aussi de formaliser ceux avec les villes, dont certaines ont déjà accueilli des dialogues inter-religieux sur différents thèmes.

Sans polémiquer, et ce sera mon dernier commentaire sur ce sujet :
– Il n’est pas nécessaire d’avoir une explication magique du monde pour avoir une vie spirituelle,
– croire que la plus belle vie est la vie après la mort est assez étrange, et n’est que réconfort pour les plus malheureux,
– Les religions ont souvent été à l’origine des guerres et des massacres,
– et comme le disait Brassens “si l’Éternel existe, en fin de compte il voit : je ne me conduis pas plus mal que si j’avais la foi” …
Voilà une belle démarche qui fera écho à l’initiative inter-religieuse engagée depuis presque 10 ans à quelques kilomètres d’ici:
L’Esplanade des Religions et des Cultures à Bussy-Saint-Georges:
https://esplanade-religions-cultures.org/
Vous y trouverez les plus grandes composantes spirituelles de l’Humanité rassemblées en un même endroit.
N’hésitez pas à découvrir et à vous en abreuver!
Constat (nombreux documents) des 2000 dernières années (2100 depuis J.C. Jules César), ou 2500 (depuis Périclès) : de la Grèce et l’Empire romain à nos jours, les religions ont très souvent eu une importance majeure. Réponse à des questions comme (origine du monde, quel au-delà après la mort, …) ; justifier l’ordre dans une société, invoquer des dieux avant le combat, etc.
Pour ce qui est de cohabiter entre religions, ce fut plus compliqué. Entre paganisme de l’Empire romain (décrit plutôt ouvert, malgré les martyrs chrétiens) et christianisme qui devient officiel au IVe s.
On n’oubliera pas les guerres de religion entre chrétiens (catholiques et protestants), en Europe, à l’époque “moderne” : XVIe s. et XVIIe s. Dire que des ignares, ministres ou pas, affirment à la télé que seul l’Islam est une religion de guerre.
Devoir de mémoire aussi pour les érudits du XVIe siècle, en Europe, qui eurent pour objectif (pour tort ?) le retour au plus près des sources, les traductions les plus fidèles des textes religieux et antiques, et la liberté de penser.
Giordano Bruno, Michel Servet (pseudo de Michel Rocard ..), Etienne Dolet entre autres, de l’époque de Galilée.
Et les athées aujourd’hui ? Importants, mais pas si facile de renoncer à toute existence après la mort. Toutes les époques ont vu l’espoir en un remède miracle, à défaut peut-on se consoler avec diverses formes de survie (enfants, livres, œuvres, etc.).
Damnation, j’oublie le peuple élu… On peut lire l’universitaire Israël Finkelstein, “La Bible dévoilée” qui confronte les documents textes et archéologiques en Israël-Palestine, (Égypte, Mésopotamie aussi) ; à la fin est révélée la date, le siècle, probable d’écriture de la Bible (V.O. en hébreu) selon l’auteur.
Et les athées, la plus importante composante de la population, qui en parle ?
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