Tribune | Ile-de-France | 08/03
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Ile-de-France: le couvre-feu met en péril les paysans d’Amap

Ile-de-France: le couvre-feu met en péril les paysans d’Amap © Klimlin

Favoriser le lien direct entre paysans et des consommateurs grâce à des contrats sur l’année permettant aux exploitants d’avoir de la visibilité sur leurs revenus et de se concentrer sur la production, tel est l’enjeu des Amap (Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne). Mais en chamboulant leur organisation, le couvre-feu met aujourd’hui en péril les paysans. Les Amap tirent la sonnette d’alarme. Explications.

Pour servir les Amap, qui réunissent en général plusieurs dizaines de foyers adhérents (les amapiens), les paysans livrent leur production une fois par semaine dans un lieu fixe où les amapiens se réunissent pour répartir les légumes et fournir un panier à chacun. En général, cette livraison s’effectue en fin de journée, après les travaux à la ferme. Avec le couvre-feu, les horaires de distribution ont dû être avancés. “Pour les Amap, c’est compliqué mais les adhérents arrivent à s’organiser. Pour les paysans en revanche, ces changements d’horaire sont préjudiciables car la saison creuse est terminée. Avec le beau temps, la belle saison a démarré fort et il y a beaucoup à faire aux champs, explique Ariane Richardot, chargée de mission pour les Amaps d’Ile-de-France. Pour livrer à temps, ils doivent écourter leur journée et sont obligés de rattraper le weekend. Ils courent à l’épuisement!” alerte la chargée de mission, qui rappelle que le temps de travail des maraîchers en Ile-de-France est déjà de 55 heures par semaine, lissé sur l’année, c’est-à-dire beaucoup plus à la belle saison.

Le réseau des Amap d’Ile-de-France réclame donc, à l’instar des autres réseaux amapiens du territoire, une dérogation au couvre-feu pour cette activité, demandant par exemple à ce qu’elle soit considérée d’intérêt général. Des demandes ont été adressées à toutes les préfectures mais elles ont obtenu une fin de non recevoir, à l’exception des Yvelines.

350 Amap en Ile-de-France
Le réseau des Amap d’Ile-de-France compte 350 Amap adhérentes et 364 fermes dont 140 exercent une activité de maraîchage à 100%. Une ferme peut servir plusieurs Amap et une Amap peut s’approvisionner à plusieurs fermes dans le cadre de sa diversification. L’activité démarre généralement par les paniers de légume mais s’ouvre ensuite souvent à d’autres produits comme les œufs, le fromage, la farine…Au total, 15 000 foyers franciliens se nourrissent auprès d’une Amap, ce qui représente environ 47 000 personnes.

C’est dans ce contexte que le mouvement inter-régional des Amap, qui fédère les réseaux d’Amap de différentes régions et départements de France, a publié un communiqué d’alerte commun ce week-end. A lire ci-dessous :

Les AMAP tirent la sonnette d’alarme !
Le couvre-feu, une situation intenable pour les paysan.n.es en AMAP

Des solutions locales d’approvisionnement
Les Associations pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne (AMAP©) ont prouvé leur utilité lors des derniers confinements. Elles ont apporté des solutions locales d’approvisionnement de denrées alimentaires de qualité, tout en garantissant une continuité de débouchés économiques pour les paysan·ne·s, dans le respect des règles sanitaires. A ce jour, plus de 100 000 foyers s’approvisionnent en AMAP en France, en partenariat avec 5 000 fermes.

Des bénévoles actifs coincés par leurs horaires de travail
Aujourd’hui les livraisons en AMAP sont menacées par le maintien du couvre-feu à 18h. Même si les paysan·ne·s utilisent leur dérogation pour motif de déplacement professionnel, les adhérent·e·s des AMAP, eux (tou·te·s bénévoles et pour la plupart actif·ve·s) ne peuvent se rendre dans les lieux de distribution qu’aux heures autorisées (entre 6h et 18h).

Des paysan·ne·s surchargé·e·s
Cette situation oblige les paysan·ne·s à partir en début d’après-midi pour pouvoir livrer dans les temps. Ces ajustements étaient déjà difficiles en janvier, ils seront impossibles de mars à octobre. La saison maraîchère
commence avec quasiment un mois d’avance cette année, et les mises bas chez les éleveurs laitiers sont en cours. Avec un tel métier, les journées de travail durent en moyenne 10h. Ces rythmes sont incompatibles avec l’organisation des livraisons avant le couvre-feu. Sans dérogations au couvre-feu pour les distributions en AMAP, les paysan·ne·s seront dans l’obligation de travailler tous les jours de la semaine, sans jour de repos possible et ce, pendant 9 mois. Cette situation est intenable dans la durée et met en péril le modèle. Au mois de janvier, nous avions déjà interpellés les pouvoir publics sur l’épuisement des bénévoles et paysan·ne·s en
AMAP. Nous n’avions pas obtenu de solutions. Aujourd’hui c’est l’épuisement professionnel et le burn-out qui attendent les paysan·ne·s en AMAP, pourtant inséré·e·s dans un modèle économique, social et environnemental, vertueux.

Où sont les engagements des pouvoirs publics ?
Nous nous souvenons de l’appel de l’ancien Ministre de l’Agriculture le 24 mars 2020 pour venir en aide aux agriculteur·rice·s en difficulté lors du 1er confinement. Lorsque ce secteur manquait de bras, le ministre de l’agriculture se battait et s’était organisé pour faire « vivre la grande armée de l’Agriculture ». Qu’en reste –t-il aujourd’hui ? Que compte faire le gouvernement et l’ensemble des pouvoirs publics, pour soutenir ce modèle
aujourd’hui plébiscité par les citoyen·ne·s et les porteur·euse·s de projets en agriculture ? Le modèle des AMAP, est une réponse concrète et efficace aux enjeux d’indépendance économique, de solidarité, de transition écologique et de souveraineté alimentaire, identifiés comme prioritaires par le gouvernement dans son plan de relance. Le couvre-feu met en danger les paysan·ne·s qui font vivre ce modèle.

Nos revendications
Lors des deux confinements les pouvoirs publics ont reconnu que les livraisons en AMAP et les circuits de distribution alimentaire sans intermédiaire étaient des activités de première nécessité. Nous demandons que les déplacements pour motifs de distribution alimentaire en AMAP et en circuit-courts, soient autorisés pendant le couvre-feu. Les activités de distribution alimentaire en AMAP et en circuit-court peuvent-être considérées comme une mission d’intérêt général pour les amapien·ne·s (qui sont, nous le rappelons, avant tout des bénévoles associatifs).

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