Entreprises | Thiais | 20/04
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MIM : et si une nouvelle aventure entrepreneuriale était possible ?

MIM : et si une nouvelle aventure entrepreneuriale était possible ? © Google StreetView

Attendu ce mercredi 19 avril, le verdict du Tribunal de commerce à propos de l’entreprise MIM de Thiais a été reporté à mercredi prochain,  26 avril. A cette date, le tribunal devra soit prononcer sa liquidation judiciaire, soit ouvrir à nouveau le dossier aux offres de reprise pour laisser l’opportunité au projet de Scop de tenter sa chance. Mardi 18 avril, Christophe Sirugue, secrétaire d’Etat à l’industrie, avait écrit au président du Tribunal de commerce pour

confirmer que son cabinet avait échangé avec les initiateurs de cette reprise par les salariés, et indiqué que l’Etat était  « prêt à s’engager pour soutenir le projet, en examinant sans délai, l’octroi d’un prêt du Fonds de Développement Economique et Social (FDES) (…) en vue d’un déblocage des fonds d’ici trois semaines au plus tard.» Une très bonne nouvelle pour le projet, même si celui-ci arrive tard dans le processus, et n’a pas encore convaincu la majorité des salariés qui n’en peuvent plus d’attendre pour savoir à quelle sauce ils vont être achevés. Retour en détail sur cet embryon de nouvelle aventure entrepreneuriale.

Pour rappeler le contexte, le Tribunal de commerce a déjà confirmé la reprise par le groupe suisse  Tally Weijl de 69 magasins, et par le groupe Etam de deux autres, sur les 250 que compte la chaîne de prêt-à-porter féminin à petits prix. Le projet de Scop porterait lui sur environ 130 des 180 magasins restants, et promet de sauver 650 emplois supplémentaires sur les 800 qui restent encore sur le carreau. Pour relancer la première année de fonctionnement, le projet a évalué son besoin en financement à hauteur de 5,6 millions d’euros.

Une idée germée à toute vitesse

Il y a deux semaines encore, Isabelle Vilela, gestionnaire de stock au siège et déléguée du personnel, avait fait son deuil après vingt ans de boite. Sur un blog ouvert sur le Huffington Post, elle avait livré sa peine, résignée après le choix du Tribunal de commerce de Bobigny de ne pas retenir l’offre du fonds familial Clémenty qui promettait de reprendre 90% du personnel et avait la faveur des salariés, et poussant un dernier coup de gueule à l’attention des candidats à la présidentielle « qui s’en fichent »‘. Cela, c’était il y a deux semaines, avant le projet de Scop. « C’est le président du Seci-Unsa, Eric Scherrer, qui a eu l’idée en premier, ne se résignant à pas à laisser 800 personnes au chômage. Il nous en a parlé au téléphone, un vendredi soir.  Au début, j’étais réticente, trop fatiguée par ces mois à batailler, et puis nous avons commencé à nous renseigner sur ce qu’est une Scop avec mon mari, délégué Seci-Unsa chez Mim, et on s’est dit pourquoi pas? » raconte la salariée. Tout va alors très vite. Le patron du syndicat s’engage à ouvrir les portes d’un ministère pour aller vendre le projet, à condition que celui-ci soit présentable. Le couple trouve alors l’appui de quelques cadres enthousiastes pour ébaucher le modèle économique, l’étayer de chiffres cohérents, démontrer sa viabilité, et le 13 avril, promesse tenue, un premier rendez-vous a lieu au ministère, au cabinet de Christophe Sirugue, qui manifeste son intérêt. Dès lors, la course contre la montre est engagée, car la nouvelle audience du Tribunal se tient le mardi 18 avril. 

Le rendez-vous au ministère qui donne la pêche

Au-delà de ficeler le dossier, il faut aussi mobiliser les salariés, condition sine qua non pour créer une Scop. Là, c’est plus compliqué. « Avant le rendez-vous au ministère, nous en avons seulement parlé de manière informelle, nous ne voulions pas créer de faux espoirs« , indique Isabelle Vilela. Au siège, le rendez-vous au ministère redonne la pêche. Une vingtaine de personnes rejoignent l’équipe du projet. Mais il s’agit désormais de communiquer largement au-delà, et de motiver, car l’info a commencé à circuler de manière non officielle et pour un certain nombre de salariés, le projet est perçu comme venant des cadres. Alors que les nerfs des employés sont déjà à rude épreuve depuis des mois, ce nouveau rebondissement irrite plus qu’autre chose. « Je comprends tout à fait. Je demande juste un peu de compréhension, car il a fallu aller très vite« , plaide Isabelle Vilela.

Un prêt du FDES ?

De son côté, le ministère fait ce qu’il faut pour réagir promptement et la lettre de Christophe Sirugue adressée le 18 avril au président du Tribunal de Commerce de Bobigny, l’assurant d’un possible prêt sous trois semaines pour relancer un projet de reprise par les salariés, n’a sans doute pas été neutre dans la décision de ce mercredi 19, jour attendu du verdict après l’audience de la veille, de donner une semaine de délai supplémentaire.

Une semaine pour convaincre

Désormais, il reste une semaine pour convaincre. Convaincre les salariés d’abord, en exposant largement le projet. Un premier sondage en ligne (ouvert à tout internaute de manière anonyme) a donné le contre à 85%, mais une nouvelle consultation devrait être organisée après présentation complète du dossier.

Pour convaincre les équipes comme les autorités, le projet devra aussi démontrer ses chances de réussite, concernant la solidité de son financement d’abord, son modèle économique ensuite. Alors que Tally Weijl et Etam ont déjà repris 71 des 250 magasins de la chaîne, ceux qui restent ne sont-ils pas les moins rentables ? « C’était notre crainte au départ mais ce n’est pas le cas. Ces groupes ont repris les magasins en fonction de leur propre réseau, afin de le compléter », indique un cadre.

Concernant le modèle économique, l’entreprise a cumulé les déficits avec une perte de 9 millions sur le dernier exercice, connu une descente aux enfers de son chiffre d’affaires passé de 206 millions d’euros en 2015  à 184 millions d’euros en 2016, et  accuse une dette de 60 millions d’euros. Comment la nouvelle pousse peut-elle faire mieux à partir du même modèle, dans un marché de la fringue pas chère désormais très concurrentiel et donc de plus en plus exigeant ? « MIM a une place car la marque est présente là où beaucoup ne sont pas. Mais il manquait ces dernières années une vraie cohérence de gamme et on n’écoutait pas assez les retours qui nous venaient des magasins. On achetait des produits mais on ne pensait pas assez collection », suggère un cadre. Dans un communiqué, le syndicat Seci Unsa met également en cause l’organisation qui avait été mise en place par l’actionnaire actuel, le groupe hong-kongais Main Asia. Le syndicat accuse le groupe de s’être « gavé sur la bête » en imposant un fournisseur exclusif qui a fait monter les prix 30% au-dessus du marché, et lui reproche également de n’avoir fait aucun investissement. Pour rappel, l’entreprise avait été créée en 1976 par deux frères, Emile et Charles Amzallag, avant d’être cédée progressivement à New Look de 2001 à 2003.  Mais en 2014, New Look a décidé de se concentrer sur sa propre marque, larguant MIM au groupe Main Asia, propriété du Chinois Dejin Zheng.

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