Entreprendre | | 07/03/2016
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Marie Rivenez, “LA” grossiste en viande bovine de Rungis

Marie Rivenez, “LA” grossiste en viande bovine de Rungis

A Rungis, GRG – Maison des viandes est l’un des principaux grossistes. Avec ses 18 000 carcasses par an, représentant un million de consommateurs, la Maison pèse pour près d’un tiers du marché bovin rungissois. A sa tête : Marie Rivenez, 37 ans. 

Au départ pourtant, Marie Rivenez avait choisi une toute autre voie. Après son doctorat en psychologie, la jeune femme devient chercheuse en psychologie cognitive à l’Institut de Médecine Aérospatiale du Service Santé des Armées pendant près de sept ans.  “GRG, c’était le bébé de mon père. A quatre ans, j’étais déjà dans les abattoirs avec lui, on allait voir les clients, les élevages. J’ai été construite avec ces valeurs de la terre, du respect des bovins, et quand je reste plus d’un mois à Paris, j’ai besoin d’aller à la campagne.  Mon père, qui n’avait que des filles, ne ne nous a pas poussé à reprendre l’affaire. C’est un milieu très masculin et il pensait qu’on ne s’y accomplirait pas. Et puis, il voulait que l’on fasse des études”, se souvient Marie Rivenez.

En 2003, Alain Rivenez, fondateur de l’entreprise, décède brutalement à 70 ans. Et quelques années après, en 2008, l’affaire se retrouve en difficultés. “Pour moi, il n’était pas envisageable de balayer ce à quoi mon père avait consacré toute sa vie. Alors j’ai mis mon nez dans l’entreprise… et je me suis retrouvée complètement happée par ce milieu. Pour moi, c’était un virage hallucinant. Je suis passée d’une ambiance de laboratoire à un milieu où il y a toujours du monde, des gens qui parlent fort, qui parlent rude, qui ont un humour décapant avec des dialogues à la Audiard, des bouchers qui parlent Louchebem (argot des bouchers)!”

Seule femme à la tête d’un grossiste en bovins au sein du marché, Marie s’adapte. “Au début, ce n’était pas évident. J’étais perçue comme un drôle d’animal, d’autant que j’avais fait des études et travaillé dans le milieu militaire.” De quoi cumuler les stéréotypes! “Il y avait des non-dits qui étaient difficiles à décoder.  Mes interlocuteurs aussi ont eu du mal, mais cela tenait davantage du changement de milieu que de la différence de sexe. En revanche, j’ai eu à faire encore plus mes preuves. Quand on est une femme, si on fait bien c’est grâce aux partenaires, mais si on fait mal c’est de sa faute… Mais j’avais une motivation très personnelle, très affective, cela m’a motivée. Une fois qu’on a fait ses preuves, on ne vous considère plus comme une femme, un peu comme Angela Merkel !”  témoigne l’entrepreneuse.

Aujourd’hui, la chef d’entreprise essaie de faire attention au respect au sein de ses équipes. “Je ne recrute pas en fonction du sexe mais des compétences, et il faut reconnaître que concernant la production (préparation manutention découpe et vente), il n’y a que des candidats hommes. Les femmes sont plutôt dans l’administratif, les finances. C’est partout pareil. Dans le pavillon des viandes,  ill y  300 salariés mais pas une seule femme hormis quelques personnes à la vente. Ce sur quoi je suis très vigilante, c’est au respect des femmes dans l’entreprise. A la fin des ventes, au petit matin, quand les équipes sont un peu excitées ou enjouées car les vente sont été bonnes, je veille à ce que tout le monde se comporte bien. Idem avec les clients, sinon on arrête de travailler ensemble“, insiste Marie Rivenez.

Les Rabelaisiennes, le club de femmes de Rungis

Pour affirmer la solidarité entre femmes de Rungis, une association s’est créée il y a quelques mois, présidée par Frédérique Wagon, directrice de cabinet de la présidence de la Semmaris, la société qui exploite le MIN de Rungis. Baptisée le Club des Rabelaisiennes, elle compte déjà une cinquantaine de personnes. “Nous avons plusieurs projets comme la création d’une crèche sur Rungis, une plateforme de covoiturage la nuit, et encore l’organisation d’une foulée gastronomique au mois de juillet”, cite Marie Rivenez. En attendant, le club recevra ce mardi 8 mars la visite de sa marraine,  la maire PS de Paris Anne Hidalgo, laquelle viendra déjeuner avec ses créatrices.

Au total, les femmes représentent environ un tiers des quelques 12 000 personnes qui travaillent sur ce marché de gros.

 

 

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